







Dans son plus simple appareil. Aller à la rencontre du site, du terrain, du lieu. Après avoir rencontré des personnes, des gens, qui m’ont parlé du site, qui m’ont expliqué leur point de vue sur ce plateau, je me suis dit qu’il fallait que j’aille vérifier par moi même. Aller vérifier en s’affranchissant de ce que j’ai pu entendre, s’affranchir des barrieres, des codes, de tout. Ressentir directement le site, avoir les impressions directes sur soi, le contact. C’est pour ça que j’ai pratiqué le site dans la manière la plus «simple», à savoir nu. C’est une évidence, voire même une sorte de pléonasme : dans le nu, c’est l’homme qui est dénudé. Pour pouvoir être nu, il faut bien pouvoir être vêtu ! Cette remarque d’une banalité a le mérite d’attirer mon attention sur ce dont je veut parler, à savoir les impressions, les émotions corporelles, sensorielles, émotions qui nous sont propres à nous, à savoir l’homme. Pourquoi cela ? On pourrait penser qu’en se dénudant, c’est précisément son humanité, ou quelque chose de constitutif de celle-ci, qu’on perd. En effet, le vêtement n’est-il pas lui aussi « le propre de l’homme « ? En conséquence, doit-on dire que le nu a pour fin de nous renvoyer à une sorte d’ « état de nature « de l’homme ? Si tel était le cas, l’homme nu devrait être dépeint au pire comme une bête, au mieux comme un être si proche de la nature qu’on serait en peine de dire s’il est homme ou bête. Or, dans l’art, pourtant, ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, dans le nu, les corps y ont généralement une sorte de perfection, les peaux sont presque trop blanches, les courbes trop gracieuses, le poil en est souvent absent, les poses dénotent une noblesse et une dignité peu communes, les décors et l’environnement n’ont rien de sauvage et il est très fréquent de pouvoir admirer des dieux et des déesses anthropomorphes parmi ces oeuvres. Le réalisme, le classicisme, le romantisme, le cubisme…, répondent différemment à la question.
Toutefois, cette question demeure toujours la même, à savoir celle de la juste place de l’homme entre l’ange et la bête. Si le nu existe et occupe cette place si importante dans l’art occidental, c’est parce qu’il répond de façon occidentale au problème de l’être de l’homme, de son statut. Ce «problème», grossièrement dit, se pose en termes d’âme et de corps. Cela dit, à ce vocable à consonance peut-être trop «religieuse», on peut fort bien en substituer un plus «humaniste», plus «matérialiste», plus «naturaliste»... Montrer l’homme nu, c’est déjà affirmer qu’il a un corps et que celui-ci est au moins aussi constitutif de son être que l’âme, à moins qu’il ne soit la seule chose que nous ayons, et que nous soyons en définitive. Néanmoins, le corps du spectateur participe lui aussi de la contemplation. Le nu nous rappelle si besoin est, et besoin est, que nous sommes des êtres de chair, de désirs, de pulsions, et que nous ne sommes pas de purs esprits, des anges. Regis Gente. Le nu est une représentation de l’homme comme corps, et en éveillant nos désirs et nos pulsions, il nous fait réellement ressentir ce que cela veut dire. Mais, ces désirs et ces pulsions n’ont pas libre cours. Cet exercice a permis de rendre compte des ressentis, des émotions et des réactions personnelles. Cette façon d’expérimenter le site est aussi une façon de le voir. Ici, je suis ailleurs, ici je suis à nu. Je ne sais pas ce qui ce passe à côté, je ne sais plus ce qui ce passe tout autour. Je mets même un moment pour me retrouver, savoir où je suis, et savoir où je vais. Cet exercice m’a permis aussi d’aller directement là où je voulais aller. Les choses qui en découlent, sont les bases pour la pensée du projet. A savoir une liberté certaine sur ce site, des découvertes, des expérimentations à faire, jouer et se reposer...
Ici, je suis ailleurs. On est au milieu et en même temps à côté. Il a la qualité d’exporter. Il fait voyager notre tête, notre imagination.